Archive for juin 2008

Difficile de passer à côté

21 juin 2008

Quand la publicité dévoile sa véritable fonction.

La SNCF est une entreprise dont l’objet est, habituellement, de transporter des personnes. pour ce faire, elle possède des bataillons d’ingénieurs qui, normalement, réfléchissent à la complexité des flux de circulation (faire arriver un train à l’heure). Cette entreprise utilise aussi le canal publicitaire pour nous « informer » de ses promotions, des nouveaux services dont elle souhaite nous faire profiter.

Seulement, c’est aussi une entreprise monopolistique. En principe, elle n’a donc pas l’absolu nécessité de nous offrir autre chose qu’un service correspondant à notre niveau de notre développement économique et culturel local.

La publicité qu’elle nous a infligé (puisque telle est son intention selon le visuel affiché) nous apporte de nouvelles informations, non pas sur les services de cette entreprise mais sur le déplacement progressif de son nouveau fonctionnement. De transporteur de personnes nécessitant la maîtrise d’un savoir faire ferroviaire, elle s’oriente désormais à la gestionnaire de flux d’individus, nécessitant l’optimisation des outils ferroviaires comme supports publicitaires.

L’idéologie publicitaire avait commencé par gangrener la presse pour n’en faire qu’un support de pub en utilisant l’information comme une marchandise. S’adaptant aux technologies de son époque, elle a poursuivi par la télévision dont l’aspiration fut un temps, d’apporter la culture au coeur des foyers, la transformant en un déversoir de pulsions marchandes. Internet, les téléphones portables…

Aujourd’hui, les transports en commun deviennent des espaces captifs de temps de cerveaux humain disponible à rentabiliser comme tel. Le but n’est plus de faciliter les déplacements mais d’organiser la rencontre systématique du voyageur avec la publicité. Le métro est pour cela un laboratoire assez performant (affiche qui clignote, qui parle…) utilisant les supports de flicage (portillon d’entrée, porte de sortie, fichier clients du pass automatique…). Petit à petit, toutes les composantes du système libéral (publicité, répression, marchandisation…) tendent à fusionner accélérant le désenchantement du monde.

La publicité et ses manifestations font parties d’une économie purement parasitaire.

Publicités

La communication post-climatique a commencé

18 juin 2008

Le dérèglement climatique ne serait-il pas au service d’un projet politique ?

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Dans la communication marchande, la monotonie est la mort. Il faut absolument créer des ruptures qui permettre de désorienter le consommateur en allant toujours à aller plus loin dans la transgression afin de créer la confusion et la désorientation propre à l’achat d’impulsion par l’élimination des barrières culturelles et sociales.

Les politiques économiques libérales ne peuvent être mise ne place que par la force d’une coup d’état ou d’une guerre (Pays d’Amérique Latine et Indonésie dans les années 70, Russie dans les années 90 et l’Irak aujourd’hui pour ne prendre que les exemples les plus parlant) et ne peuvent être maintenues que par un régime politique dictatorial. Le prétexte des opposants politiques (terroristes, gauchistes, syndicalistes…) ne sert qu’à museler l’opinion publique afin de lui faire avaler comme indispensable et inéluctable les restrictions qui lui sont alors infligées (suppression des services publics, privatisations à outrance, réductions des budgets sociaux et culturels, exonérations fiscales pour les hauts revenus…).

Mais tout cela est assez violent. Tant que ça se passe loin… Pour nos payas à nous, il faut un peu plus de doigté, l’opinion publique est un peu plus difficile à cadenasser et de plus, elle vote de temps en temps… Il y a bien l’immigration « clandestine » qui devient l’immigration « tout court » pour justifier de nombreux fichiers avec leurs recoupements progressifs, il y a bien les « faux chômeurs » sorte de parasites fainéants qui permettent de justifier l’abandon de la solidarité nationale, idem pour la sécurité sociale infestée de profiteurs… Mais aujourd’hui nous avons un nouveau bouc émissaire, une nouvelle catastrophe : le dérèglement climatique !

Le monde de la pub, toujours en avance sur le reste puisqu’elle est l’avant garde idéologique du libéralisme, s’empare et récupère à son profit le sujet. Elle nous vend des climatiseurs contre la canicule, des crèmes de peaux pour protéger de la pollution de l’air, de l’électricité nucléaire pour protéger l’environnement, des OGM pour combattre la faim dans le monde… et ici des vacances au bord de la mer dans le désert. De toute catastrophe on peut tirer un avantage commercial et qu’importe si la mise en place de ce dernier accélère la catastrophe elle-même, il sera toujours temps de changer de pays, de mode, de culture à mettre sous plastique…

Société du spectacle de la débacle

14 juin 2008

Dans une société sclérosée la propagande devient l’action.

La situation environnementale vous fait flipper ? Le dérèglement climatique, l’invasion des OGM, la dispersion et la prolifération des déchets nucléaires, l’arrivée prochaine des nano-technologies, le fichage généralisé de l’humanité… Bref, tout l’arsenal indispensable dont le système a besoin pour continuer son expansion vers un capitalisme du désastre.

Mais, heureusement, à la mairie de Paris on est dans le coup. Même si le maire de la capital fait parti de ceux qui accompagnent ce grand mouvement, on sait que la population n’a pas tout à fait d’accord. De plus, il n’a pas oublié qu’il avait bossé dans la pub et que rien ne valait dans ce cas là un bon oxymore. D’un côté, les jeunes, c’est l’énergie, la révolte facile, l’envie de réagir et de passer à l’action et de l’autre, le bon petit DVD que l’on regardera à la télévision entre deux pub « pour sauvez la terre » vautré dans le canapé, c’est tout le symbole de la classe politique vieillissante actuelle.

Tout ça reste bien sagement dans les rails de la société-spectacle, tout se passe à la télévision, la fin du monde fera l’objet d’une soirée spéciale où des nuées de mobylettes livreront leurs dernières pizza avec une promotion sur les boissons gazeuses et des coupons de réduction pour la prochaine fois.

Apprendre à ne plus voir

10 juin 2008

La photographie est toujours ce jeu aux multiples paradoxes : vous croyez capturer le réel, la couche superficielle des choses et des êtres, et en fait, c’est vous que vous révélez, vous projetez votre intériorité, votre vision, votre univers mental sur le reste du monde. Et c’est lorsque tout cela entre en résonance avec le regard des autres que votre image devient quelque chose de profond.

La technologie a grandement simplifié l’utilisation de nombreux outils de production. Là où des heures d’apprentissage étaient nécessaires, quelques clics d’ordinateur le font pour vous. Cette évolution n’a pas pour autant été mise au service de la création mais de la fétichisation de l’outil. Dès lors, la simple possession de l’outil fait l’artisan. La voiture fait le pilote de rallye ou le possesseur de belles filles, la belle montre fait le riche plein de pouvoirs et d’argent, le blouson fait le rapper, le stylo à plume plaqué or fait l’écrivain et l’appareil photo fait le photographe.

Mais qu’est-ce qu’un photographe ? Comment rendre compte de quelqu’un qui observe, qui décortique, dont l’oeil analyse, qui cadre, qui écoute, qui éprouve de l’empathie… C’est à dire des relations humaines, des choses qui se vivent qui ne passent pas par la marchandise, le commerce ou le porte-feuille boursier. Des choses qui paradoxalement donneront des images (une simple couche superficielle) mais qui auront été faites avec de la profondeur (des tripes, des émotions, du coeur…).

Habituellement, on nous vend l’appareil photo pour lui-même. Sous de beaux éclairages contrastés, ses formes sensuelles aux courbes féminines, sa puissance d’analyse de la lumière, il apporte la maîtrise du temps et la possession du monde.

Cette fois-ci le publicitaire a voulu aller plus loin. Il ne nous vend plus l’objet fétiche mais une expérience fétichiste, une intériorité pré-machée, un cliché. L’univers choisi sera celui du sport publicitaire gangrené par l’argent, le dopage et la haine. Un univers toujours identique, archi-codé où seules deux fins sont possibles (gagner ou perdre). Un univers qui encombre les ondes et les pages pour occulter la complexité de la vie. Les personnages seront des mannequins, individus artificiels maquillés et retouchés au-delà du possible pour masquer la diversité humaine. Tout cela pour atteindre le sommet du vide. Il n’y a plus rien à voir, à photographier et à comprendre, plus rien à vivre, à rencontrer et à partager. Il ne reste plus qu’à attendre la prochaine pub, comme on attend un shoot pour remonter, encore une dernière fois, avant l’effondrement final.

Cet homme est un raté

4 juin 2008

Passer des vacances à l’étranger n’est pas de tout repos. D’abord il faut travailler dur pendant toute l’année, mettre de l’argent de côté, faire quelques sacrifices pour maintenir coûte que coûte son statut social. Enfin, voila le moment des vacances, ce fameux statut social qu’on a tellement de mal à maintenir en occident où la concurrence est féroce est nettement plus simple à étaler dans un pays où le niveau de vie est moins cher. On peut même séjourner dans un hôtel de luxe au prix d’un formule 1 en France.

Oui mais voilà que la réalité vous rattrape. Vous avez beau essayer d’en mettre plein la vue, un incident de parcourt (vol ou perte de vos bagages) et vous voilà de nouveau nu.

Tous les regards convergent vers vous, la honte pèse sur vos épaules. Vous tentez de cacher de manière dérisoire votre nudité mais cette pudeur n’est rien face au véritable crime que vous venez de commettre : vous êtes sortie de votre rang !

Le regard du porteur de bagage, qui n’a pas de visage mais ce n’est qu’un employer, semble vous dire qu’aujourd’hui, même s’il n’a pas les mêmes moyens financier, contrairement à vous, lui sait rester à sa place.

Les deux hommes dans leur fauteuil vous regardent distraitement, par dessus l’épaule. Ils en ont vu d’autres. Ce qui vous arrive ne fait que confirmer l’intuition qu’ils avaient eu envers vous, certains détails ne trompent pas, on en est ou pas mais on ne peut faire semblant longtemps.

La personne la plus choquée dans cette histoire est la femme au comptoir. Choquée à double titre. D’une part pour votre fourberie d’avoir menti sur vos capacités à jouer le rôle que vous tentiez de vous donner (il y avait bien quelques maladresses mais vous pouviez être un nouveau riche pas tout à fait au fait de tous les codes de votre nouvelle famille) mais surtout choquée de l’humiliation rétrospective d’avoir pu, un seul instant, ressentir un début d’attirance pour vous.

Ainsi vous êtes définitivement un minable. Il ne suffit pas pouvoir claquer une année ou plus d’économie pour votre séjour de vacances au loin pour échapper à sa condition. Qu’importe qui vous êtes, seule compte votre vraie valeur bancaire, c’est elle qui fait votre essence.