Archive for novembre 2009

Processus de destruction culturel

30 novembre 2009

C’est pas évident de détruire une culture culinaire dans un pays comme la France. Mais ce processus n’est pas propre à notre seul pays.

On sait bien que les bonnes choses s’élaborent lentement, qu’il faut du temps pour les réaliser et aussi pour les transmettre. C’est sans doute pour ça que la production de livres de cuisine est toujours aussi prolixe. On passe moins de temps en famille, il faut donc trouver de nouvelle manière d’acquérir ces savoirs.

Dans l’imagerie populaire, la grand mère est la personne qui opère cette transmission. Elle est à la retraite et a donc du temps, elle a du recul sur la vie, détachée des futilités  de la mode, elle peut se consacrer aux vraies valeurs, cette multitude de petits plaisirs qui font toute la saveur de la vie.
Les seul problème aujourd’hui qui compte pour un publicitaire et son commanditaire est comment pourrait-on casser cette tradition pour tirer un max de fric de la nouvelle situation ?

Il faut donc commencer par rassurer « comme Mamie » et conforter et produit, le goût ne va pas changer, ce sera aussi bon. Puis ensuite dénigrer lourdement « sans Mamie » et ses manies stupides de pincer les joues à la limite de la maltraitance. Il faut faire croire que l’on peut remplacer l’humain avec toutes ses imperfections par une chaine de production alimentaire industrielle parfaite à coup d’OGM, d’ajout de conservateurs, d’irradiation des aliments et… d’agents de saveurs !

Ce n’est pas sur la qualité du produit, les frittes de Mamie ou la supériorité du nouveau, un meilleur goût, que le publicitaire attaque mais sur le médiateur de l’existence même du produit. Il faut déstabiliser le rapport humain sur lequel se fonde toute culture pour le remplacer par un rapport marchand. Il faut déconnecter le plaisir de manger avec l’histoire de l’individu (la personne qui vous a fait découvrir ce plat, chez qui vous aviez l’habitude de le manger, la période pendant laquelle vous y aviez accès (les weekend à la campagne, les vacances…)…) bref un mélange affectif de votre vie personnelle avec la culture d’une société transmise par un membre de votre famille vous ayant précédé. Le publicitaire ne veut garder que le plaisir pour en faire une pulsion. Vous n’êtes plus alors qu’un consommateur doté d’un estomac qu’il faut satisfaire.

On pourrait craindre que les frittes chimiques n’avaient pas tout à fait le même goût, ce qui est évident puisque désormais qu’importe la saison ou la pomme de terre utilisé ou le pays où sont vendu les frittes : elles ont justement toujours le même goût ! En fait, c’est sans importance, le lien de transmission ayant été rompu, le goût sera perdu et remplacé par celui de la marque. Il suffira de refaire, de temps en temps, une nouvelle campagne publicitaire et annoncer un nouveau goût pour relancer l’intérêt et les ventes du produit.

Les cultures de chaque pays basculent ainsi dans l’homogénéisation globale de produits uniques à l’arrière goût de marchandise.

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C’est cool le réchauffement climatique !

25 novembre 2009

Je me souviens d’une phrase dans le film « Vous avez un message« , de Nora Ephron, qui était une reprise de « Vous avez une lettre » où le jeune et beau personnage masculin principal (Tom Hanks) répétait sans cesse « Le business c’est pas personnel ». Oui, forcément la multinationale de son père était en train de mettre en faillite la petite librairie de quartier de la fille (Meg Ryan) dont il était tombé amoureux…

Là, sur cette pub… le mépris du monde parle de lui même. Ceux qui pourront se payer des vacances aux Canaries en avion n’ont rien à craindre du réchauffement climatique. Ils changeront sans doute de destination si la monté des eaux inonde le rez-de-chaussé de l’hôtel de luxe dans lequel ils ont l’habitude de faire escale. Mais franchement que des pays entier disparaissent, qu’il y ai déjà 300.000 morts par an, que des millions de gens soient prochainement réduit à migrer du fait des inondations et des sécheresses qui toucheront leurs territoires, alors là, on en a strictement rien à foutre !

Un montreur d’ours viendra sur la plage faire son numéro, on lui donnera un petit pourboire, s’il est mignon on en profitera pour faire un peu de tourisme sexuel,  on prendra des photos avec son appareil numérique ou un film avec son camescope et on enverra tout ça sur Facebook pour montrer aux « amis » qu’on est vraiment les meilleurs !

Quel plaisir, tout de même d’être du bon côté de la planète et de pouvoir vivre au dépend des autres… Enfin, laissons la morale aux écolos, tant que les cadavres des migrants ne reviennent pas troubler la douce promenade avec ce magnifique couché de soleil…

David Sterboul

16 novembre 2009

David Sterboul est mort le 15 novembre 2009… C’est très con…

Je n’ai plus que mes images à regarder, avec ses amis autour. J’ai encore en moi le son de sa voix, sa présence physique, son regard… J’essaie de me souvenir de tous les instants passés ensemble comme si tout allait s’effacer d’un seul coup. La peur de tout perdre, encore, fait paniquer.

Je ne sais pas pleurer mais j’ai la gorge serrée, j’aimerai savoir… savoir pourquoi… savoir ce qu’on aurait pu faire… savoir…

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Le fusible, c’est vous

8 novembre 2009

Ah ! Si tous les clients pouvaient être comme cette jeune femme !

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C’est pas compliqué, soit elle dort dans son hamac, soit elle joue les équilibriste. Dans les deux cas, elle intéresse beaucoup les banquiers.

Quand elle dort, elle ne regarde pas trop ce qu’on peut faire de son argent. Financer une usine polluante, des délocalisations, acheter des actions pourries ou des panneaux 4 par 3 de pub dans le métro… On s’en fout comme elle dort, elle ne contrôle rien, ne pose pas de question et puis de toute manière elle n’a rien à dire.

Quand elle ne dort pas, on pourrait croire que c’est un peu plus compliqué, qu’elle pourrait nous tomber dessus ? Non, rien à craindre, regardez bien, elle cherche un équilibre. Remarquez bien, elle cherche toute seule. Avec toute la propagande qu’on finance, elle a fini par y croire à son autonomie, son pouvoir de décision, de choix sans compter ses rêves naïf d’enrichissement. Comme si elle pouvait gagner de l’argent avec tout ce qu’on distribue déjà aux actionnaires et aux traders…

La liberté pour elle, c’est de prendre les risques seule, nous regarde faire.

Parce qu’il y a une chose fondamentale quand on s’occupe de l’argent des autres, c’est de ne pas prendre de risque pour soi mais de les faire porter par les autres. C’est eux qui trinquent en cas de problème. Si on devait avoir une chute de la bourse, un effondrement de l’économie ou je ne sais quelle autre catastrophe qui serait le fusible dans l’histoire ? Qui ? Regardez bien les images, c’est pas nous qu’on serait cramé !