Archive de la catégorie «Films»

Let’s make money, un réquisitoire contre l’argent fou

29 avril 2009

Après We Feed the World, film événement sur les dérives de l’industrie alimentaire, le réalisateur Erwin Wagenhofer revient avec un nouveau documentaire intitulé Let’s Make Money, une démonstration implacable sur les conséquences humaines, démographiques et écologiques de la dérégulation économique. Une fascinante plongée au cœur du système financier mondial.

C’est l’histoire de deux mondes qui s’interpénètrent sans jamais se rencontrer. Dans l’un, on ramasse du coton ou on casse du minerai, dans l’autre, on “fait” de l’argent. Entre les deux, une passerelle à sens unique, qu’empruntent les flux invisibles de la finance mondiale. Une frontière immatérielle et pourtant infranchissable, qui concentre entre les mains de 10% de la population mondiale 80% des richesses, et les sépare du reste de l’humanité.

Deuxième long métrage du réalisateur autrichien Erwin Wagenhofer, auteur de We Feed the World, film événement sur les dérives de l’industrie alimentaire dont nous avions déjà soutenu la sortie en en France en 2007, Let’s make money, dans les salles depuis le 15 avril et sélectionné au festival de Sundance, est une dénonciation de l’argent fou. Une démonstration implacable sur les conséquences humaines, démographiques et écologiques de la dérégulation économique, notamment sur les pays pauvres, un voyage à travers les folles dérives du capitalisme financier.

Une machine à produire des inégalités

Des mines d’or du Ghana aux banques londoniennes, des champs de coton du Burkina Faso aux gratte-ciel de Singapour, des bidonvilles de Madras aux plages de Jersey, le cinéaste s’attaque à l’opacité d’un système complexe dont il tente de démonter les mécanismes tortueux et de montrer toute l’iniquité.

«Je ne pense pas que l’investisseur doive être responsable de l’éthique,
de la pollution ou de quoi que ce soit que produise la compagnie
dans laquelle il investit. Ce n’est pas son boulot.
Son boulot est d’investir et de gagner de l’argent pour ses clients »
Mark Mobius, président de Templeton Emerging Markets.

Le film reflète, par sa construction, la juxtaposition d’univers que tout oppose, Nord et Sud, riches et pauvres, investisseurs et paysans, hommes d’affaires et enfants des rues… Il enchaîne plans-séquences et témoignages multiples, qui illustrent les risques d’une économie sans garde-fous et les méfaits du néolibéralisme triomphant : spéculation effrénée, investissements fictifs, chantage économique, évasion fiscale, surexploitation de la main d’oeuvre, pays du Sud ruinés par le protectionnisme occidental, privatisation des services publics, pollution…

Le vertige des chiffres

Il en montre aussi les aberrations. Dans l’industrie cotonnière, les subventions accordées aux agriculteurs américains empêchent les pays du Sud d’accéder au marché mondial et coûtent par exemple au Burkina Faso 80 milliards de dollars par an, un manque à gagner dont le montant est quatre fois supérieur à la somme que perçoit ce pays sous forme d’aide.

«Si nous ne créons pas un nouveau mode de répartition des richesses,
ce qui a abouti à la Seconde Guerre mondiale se reproduira sous une autre forme.
C’est une nouvelle ère de barbarie qui s’ouvrira »
Hermann Scheer, lauréat du prix Nobel alternatif et député allemand.

Autre scandale, on estime qu’actuellement plusieurs milliers de milliards de dollars dorment à l’ombre des paradis fiscaux où ils échappent à toute forme de taxe. Si cette richesse était imposée au taux très modéré de 30%, les gouvernements du monde entier toucheraient 250 milliards de dollars de recettes annuelles supplémentaires, qu’ils pourraient dépenser pour endiguer la pauvreté et atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU…

Au-delà du vertige procuré par de tels chiffres, le film de Wagenhofer cherche à interpeller le citoyen ordinaire, mais aussi le simple contribuable. Celui dont l’argent, une fois déposé en banque, est introduit dans le circuit monétaire international et contribue, sans qu’il le sache, à alimenter un système qui, à l’échelle du globe, ne profite qu’aux populations riches d’Etats privilégiés. Plaidoyer pour une redistribution équitable des richesses, ce film engagé est avant tout un bel hommage aux valeurs citoyennes de l’information.

Source : Oxfam France

Quand la pub nous vend la matrice

5 janvier 2009

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Un jeune homme va pour sortir de chez lui, croisant un voisin qui parle tout seul, il s’en étonne. Mais dans la rue la situation continue, chaque passant parle seul, sans se préoccuper des autres, même cet homme d’une cinquantaine d’année ordinairement peu au fait de la mode ou de l’air du temps.

Personne ne le voit, ne le remarque, ne le regarde, il se fait même bousculer, il n’existe plus aux yeux de tous, il n’est plus personne.

Comme pris de panique, il court et se jette dans une bouche de métro, recherchant sans doute la protection symbolique d’un ventre maternel ainsi que l’espace normalisé d’un flux mais son cauchemar continue, dans la rame, personne ne se regarde, impossible d’accrocher les regards, tout le monde se parle seul.

Il sort sur l’esplanade de la Défense, lieu parfait d’absence totale de nature, aseptisé, dédié au commerce, à l’industrie en col blanc, à la finance… Il s’effondre et s’assoit comme désespéré sur les marche froides en marbre.

Soudain, il a compris, il mets des écouteurs dans ses oreilles, sourit et se met à parler seul à son tour. La marque d’un téléphone portable apparait.

Dans le dernier plan, il marche seul, de dos, en faisant des gestes tel un pantin. Il est désormais connecté, il ne nous intéresse plus, il n’est plus personne et se fond dans la foule.

La rencontre physique n’est désormais plus possible sans en passer par une machine dont l’activation passe par le paiement mensuel d’un forfait. Le rêve parfait du monde néolibéral : payer pour faire partie de la société selon son rang, selon le prix de son abonnement ou être condamné à n’être plus personne, à ne plus exister…

What Would Jesus Buy ?

20 décembre 2007

Soulwax

26 octobre 2007



Volem rien foutre al païs

20 mars 2007

Volem rien foutre al païs
Un film de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe.

Le film ouvre sur une intervention (soviétique) de Pompidou à la télévision nous expliquant ce qu’est le libéralisme et pourquoi la France doit indiscutablement s’engager dans cette voie. Un discours que les libéraux d’aujourd’hui n’oseraient même pas tenir tant il est cru. Et comme si ça n’était pas assez clair, le montage cut, nous balance un extrait de pub dans laquelle le patron gifle ses employés pour les endurcir : nous sommes en guerre, en guerre économique.

Le début du film va ainsi procéder par de courtes séquences d’absurdités quotidiennes (grève, infos télé, tentative d’interview de Kesler, visite à l’ANPE…) entres lesquelles vont s’insérer une autre vision du monde (auto-construction en paille, installation de panneaux solaires, toilettes sèches…).

Ces extraits de vie négatifs ne nous choquent pas tellement tant nous y sommes habitués c’est leur accumulation qui nous amène au dégoût. Un peu comme si on s’habituait à voir des cadavres dans les rues mais pas encore les charniers.

Le film cherche alors, doucement, des pistes simples qui peuvent sembler radicales au premier abord tant elles s’éloignent du système dominant.

L’auto-construction, l’autonomie de production alimentaire, l’autonomie énergétique, autonomie des savoir… travers les expérimentations de différents groupes. Mais sans donner de leçon. Chacun les découvre à son rythme, en fonction de sa propre histoire, de ce qu’il est prêt à faire comme chemin et du sens qu’il (re)trouve à sa vie.

Du coup, on échappe assez vite à l’éternel critique «Oui mais si vous êtes contre le nucléaire, vous retournez à la bougie ?» : non, on commence par réfléchir à nos besoins, on met des panneaux solaires quand c’est possible. On ne s’oblige pas à la pureté, on ne quitte pas un monde normatif pour un autre.

L’immense mérite du film est de donner des pistes et de montrer des possibles. Parce que nous faisons tous parti du système que nous critiquons, il nous démontre que nos marges de manoeuvre sont bien plus importantes que l’on ne croirait. Ce fait est assez difficile à penser car il ne s’agit pas de revenir à un âge d’or mais d’inventer autre chose. Il n’a jamais été question de quitter la société, de s’en passer, mais bien au contraire, de permettre à d’avantage de personnes d’y avoir une place. Simplement le système actuel semble tellement verrouillé que certaines prises de consciences ne peuvent mener qu’à des ruptures.

Il dépasse aussi le premier niveau de critique du système. A travers le groupe espagnol à «dinero gratis» qui prend le vol pour comme moyen d’accès à la consommation. Il en démontre rapidement les limite, voler des fringues de marque à la mode ne remet rien en cause profondément, on reste dans le système de sur-consommation. Tout cela réduirait les revendications au pouvoir d’achat.
Mais il pose aussi la question de l’utilisation des allocations chômage, du RMI, d’un revenu d’existence, de la protection sociale de certaines communautés.

Bref, ce film foisonne d’exemples en tout genre, de pistes de réflexions brouillonnes et hésitantes, d’actions concrètes et expérimentales, il redonne envie de vivre en société. Il nous rappel que l’homme n’est jamais satisfait et que finalement il reste encore beaucoup d’aventures à mener même si le film se referme de nouveau sur une claque comme pour nous dire : demandons l’impossible mais soyons réaliste.

Le site du film

Un paysan suicide livre du maïs OGM à Sarko

17 mars 2007

Une quinzaine d’activistes de Greenpeace vient de déverser plusieurs tonnes de maïs transgénique devant le QG de campagne de Nicolas Sarkozy, rue d’Enghien, à Paris (Xe). Sagit-il d’une communication à contre pied ? Les agences de pub contactées démentent, avec regrets, être à l’origine de cet événement. L’une d’elles affirme : “Pour peu qu’on nous donne de l’argent, on est prêt à défendre n’importe qui ou n’importe quoi”.

La suite sur le site de Greenpeace France

Notre pain quotidien

10 mars 2007

Pendant deux ans, Nikolaus Geyrhalter a placé sa caméra au coeur des plus grands groupes européens agricoles, nous donnant accès des zones inaccessibles. Il a filmé les employés, les lieux et les différents processus de production pour réaliser un documentaire cinéma qui interroge et implique intimement chaque spectateur.

Notre pain quotidien ouvre une fenêtre sur l’industrie alimentaire de nos civilisations occidentales modernes. Réponse à notre sur-consommmation, la productivité nous a éloigné d’une réalité humaine pour entrer dans une démesure ultra-intensive qui a rejoint les descriptions des romans d’anticipation.

Cadrages minutieusement composés, images cristallines, montage fluide construisent un film sans commentaire, sans propagande, dont les images parlent et demeurent.

Notre Pain Quotidien questionne, inquiète et fascine.

Vois le site du film