Archive de la catégorie «Analyses»

Le sport, c’est la guerre

19 février 2007

Parce que l’argent, c’est la vie, il lui faut un coach. Parce que le capital est en guerre contre le travail, il faut une métaphore sportive pour illustrer ce combat.

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Le coach : Vas-y ! Fonce dans le tas, écrase tout, pas de sentiment, les affaires c’est pas personnel ! On est là pour faire du fric ! Délocalise, c’est bon pour la bourse ! Assurance, assurance, assurance viiiiiiiiie ! Vous avez droit au crédit ! Supprime les allocs des chomeurs, tous des larves ! L’endettement, c’est l’avenir ! Nique les syndicats, on est en guerre économique ! Les huissiers avec nous et Sarko aussi ! L’argent, c’est le bonheur ! La croissance infinie est belle ! Bé-né-fice, bé-né-fice, bé-né-fice-fice-fice !

La banque : Monsieur le coach ?

Le coach : (encore tout exité, ayant du mal à reprendre son souffle) Oui ?!

La banque : Vous êtes viré !

Le coach :

La banque : Vous faites un excélent travail. Les courts ont plus que doublés ! Mais on souhaiterait garder les bénéfices pour nous. D’ailleurs, l’annonce de votre licenciement vient de faire gagner un demi-point à l’action.

Partager notre vide intérieur

9 février 2007

Paul et Virginie, Roméo et Juliette avaient un amour à partager, une passion, une folie pas le vide de leur vie solitaire pour alimenter les comptes d’une multinationale à coup de prothèse numériques.

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Selon la pub, il faudrait toujours être un héros de quelque chose (de la route, du travail, des loisirs, de sa propre vie…) sinon, nous ne sommes que des minables. Toujours en représentation, en spectacle. L’événementiel remplace l’existantiel on ne vit plus pour soi mais pour le flux canalisé, normalisé par les prothèses numériques modernes (camescope, appareil photo numérique, ordinateur portable, téléphone sans fil…).

La pub est là pour nous aider à rêver, à nous surpasser, à alimenter nos cerveaux d’ambitions marchandes.

Elle détruit nos désirs pour les remplacer par des pulsions d’achat qui nous dépriment et nous rendent minables, cercle vicieu qui nous pousse à consommer pour oublier que nous consommons…

Loin de nous aider à nous élever, elle nous fixe des objectifs inatteignables car ils n’ont jamais été les nôtres, de plus, pour tendre vers eux, il faut abandonner les valeurs humanistes pour celles du libéralisme (compétition, destruction, prédation, captation…) et finir à l’image des machines que nous entassons autour de nous, vide et finalement sans amour.

Révolte bien ordinaire

16 décembre 2006

Voilà comment un publicitaire conçoit une vie “hors norme” voir “rebelle”. Ses exemples concernent la vie privée (heure de lévé, culotte, cuisine…), c’est là que doivent pouvoir s’exercer tous vos talents, toute votre personnalité.

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Remarquez, ça n’a rien de bien méchant. Ce serait même un brin condéscendant de la part du publicitaire : vous vous croyez rebelle, vous n’êtes que décallé et de toute manière vos attitudes ne remmetent en rien en question le système politique.Ces signes sont mêmes assez conventionnels, il faut juste être un peu cons comme vos parents pour y trouver à redire.

La preuve ? Et bien vous êtes capable d’acheter une voiture neuve, vous gagnez donc correctement votre vie.

Vous choisissez un symbole d’individualisme et d’égoïsme marchand qui ne vous distingue en rien des autres. Vous allez polluer comme les autres, vous tenterez de griller les feux comme les autres, vous ralerez contre les transports en commun comme les autres et vous passerez des heures dans les embouteillages comme les autres.

Vos parents sont restés bloqués au siècle précédent où l’individu était porteur de valeurs par son comportement. Aujourd’hui, les valeurs s’achètent, qu’importe votre comportement pourvu qu’il soit le fruit de la consommation, la vraie et unique valeur de notre société. Toutes les anciennes valeurs ont fusionnées en une.

Vos parents ont encore des préjugés sur les noirs, les juifs, les chinois… vous non. Vous savez qu’à partir du moment où la personne humaine a de l’argent qu’importe comme elle le dépense, ce qui compte c’est qu’elle le dépense. La diversité des cultures et des croyances sont alors mises au service de nouvelles manières de consommer. Le communautarisme mène à la marchandisation. Ainsi tout le monde à droit au Cola mais chacun le sien (Méca Cola, Coca Cola, Pepsi Cola, Breitz Cola, Chti Cola…). L’étiquette change et le goût reste le même… celui de l’argent.

Chips = Junk Food

26 septembre 2006

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La British Heart Foundation lance une nouvelle campagne contre l’obésité avec une affiche contre les chips. En effet, en mangeant un paquet de chips par jour, c’est comme si on buvait 5 litres d’huile par an.

Bien entendu le lobby de l’agro-alimentation du pays a protesté…

British Heart Foundation

Une image d’Epinal moderne

16 mai 2005

Ou comment apprendre à transformer les rapports humains en rapports marchands.

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Les images d’Epinal trouvent leurs origines dans l’imagerie, art populaire né au XV° siècle principalement destiné au public illettré des campagnes. L’expression “image d’Épinal” désigne une vision emphatique, traditionnelle et naïve, qui ne montre que le bon côté des choses.

La gratuité n’est pas une bonne chose, cela interfère avec les lois du marché et perturbe la main invisible. Il faut apprendre très tôt à privatiser l’intimité.

Fini les cadeaux d’enfants (dessins, pétales de fleurs trouvés par terre, cailloux…), il faut des cadeaux achetés :

- des cadeaux normés, c’est à dire, qui coorespondent à ce qu’est une mère pour un publicitaire : une mère est une femme tendre qui négocie son affection en se faisant offrir des cadeaux par son mari et ses enfants. En contrepartie, elle doit être séduisante et valorisante. Il lui faut des trucs qui lui sont indissociablement attachés comme du parfum, de la lingerie, du maquillage… Dans d’autres situations ce sera un robot ménager, une poudre à laver…

- des cadeaux achetés. La vraie valeur de l’amour se mesure par le prix que l’on investi dans l’objet que l’on offre.

L’enfant apprend les lois de l’offre et de la demande en proposant un acte de tendresse contre un parfum : “[en] échange[ant un] câlin contre [un] parfum !”

La mère n’aime plus l’enfant pour lui-même mais pour le renforcement de son égo de femme-objet. L’une apprend à payer pour avoir la tendresse dont elle a besoin, l’autre apprend à être payé pour donner une marque d’amour.

La mère et l’enfant nous regardent. Ils ne partagent pas un moment de tendresse ensemble dans l’intimité mais nous invitent à suivre leur exemple en pratiquant le même acte social qu’eux : prendre prétexte de la fête des mères pour aller consommer sur le chemin du bonheur conforme.

Une affiche intello dans le métro

19 janvier 2005

Quand les bobos trentenaires s’ennuient et tentent de combler le vide qui est en eux. 

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Elle a un problème métaphysique : avoir ou pas une enfant (mais ça donne des vergitures), continuer cette vie dans la consommation (mais il y a tellement de pression dans sa boite de com’), changer de mec (il est beau mais il veut toujours des trucs chiants et compliqués pour s’envoyer en l’air).

Lui, il s’en fout. Il vient d’acheter le dernier appareil photo numérique de chez Sonykon avec 5,34 millions de pixels pour un poids de 80 grammes, un concentré de technlogie incroyable ! Alors les problèmes psy de sa copine, il s’en tape.

D’ailleurs, depuis qu’il utilise tout le temps son appareil (surtout quand ils couchent ensemble), il a l’impression de la posséder encore d’avantage. Après leurs ébats, il continue de l’avoir, rien qu’à lui, mais juste son image sans la contraite de ses états d’âme, juste son enveloppe. Il peut ainsi revoir les moments passés avec elle, sans elle, les montrer aux copains pour leur faire envie et revivre tout cela en mieux selon ses propres fantasmes.

Il peut mettre en scène ses désirs. Elle, elle fait partie du décors comme tous ces gens qui viennent se plaindre à la télévision ou dans les manifs. Se plaindre de quoi ? On vit dans un pays riche ! Il n’y a qu’à aller voir dans les centres commerciaux, les hypermarchés, il n’y a qu’à acheter pour se faire plaisir, il n’y a qu’à consommer pour être heureux !

Bon, il prend une photo quand elle boude, c’est si mignon. Après il ira la sauter. Elle n’attend que ça sa femme-objet pour se donner une raison de vivre, une utilité. Pour le gamin, on vera plus tard. Il y a encore quelques échelons à gravir dans la boite, passer devant ceux qui ont déjà quelques enfants et qui n’arrivent plus à suivre… Alors que lui, avec le portable à la maison, pas de temps perdu (…)

Fellation, éjaculation

16 novembre 2004

Les stéréotypes pornographiques gagnent de plus en plus la publicité (porno chic chez les grands couturiers…). Allons-nous vers une “normalisation” sexuelle ?

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LA bouche de cette femme est grande ouverte, fardée, tendue pour accueillir le phallus, puis, sur la deuxième image, le rouge à lèvre est partie, le visage est recouvert de gouttelettes blanches, apaisé…

Les films pornographiques fonctionnent tous sur le même modèle : les scènes de sexe commencent toujours par une fellation pour terminer par une éjaculation sur le visage. La mécanique est toujours identique. Il n’y a pas de place pour le plaisir juste pour la pulsion. Une pulsion dont l’assouvissement ne peut engendrer que la frustration afin de préparer la prochaine pulsion.

La publicité fonctionne sur le même manière. Son but n’est pas de satisfaire des besoins vitaux mais de les manipuler pour en faire des pulsions d’achats. Des achats parfaitement inutiles mais nécessaire au monde marchand pour survivre.