Archive de la catégorie «Analyses»

Ouverture d’un nouveau temple de la consommation

25 mai 2007

Pour l’ouverture d’un nouveau temple de la sur-consommation, la communauté d’agglomération du Val-de-Bièvre lance une grande campagne promotionnelle sur l’emploi.

newtemple.jpg

L’idéologie massificatrice de la banlieue rouge bat encore. Elle déserte les urnes mais réinvestie dans l’économie en soutenant la nouvelle religion de la sur-consommation à travers l’édification de temples monumentaux dédiés à l’ordre économique triomphant.

Elle n’a plus rien a offrir, plus de lendemains qui chantent autre que ceux rythmés par le CAC 40, les crédits pour la voiture et la maison, l’ordinateur et la console de jeux, l’écran plat et le carton de strings roses.

Vous cherchez un emploi ? Que vous aillez fait des études ou pas, vous finirez tous au centre commercial. Vendre, il faut vendre, tout vendre, y compris et surtout l’inutile, le maintient de notre niveau de vie à tous est à ce prix. Qu’importe l’effet de serre, la mal-bouffe, les emplois précaires, les heures-sup’…

Il faut communier dans la fuite en avant d’une croissance infinie entre les murs de bétons de la galerie marchande au sous-sol empli des gaz d’échappement des voitures.

Un tel centre commercial, le plus grand en construction actuellement en Ile-de-France, n’a pu voir le jour que dans une ville dont le maire se dit altermondialiste et appelait à voter pour José Bové.

Mais tout n’est pas perdu, la moquette et le toit engazonné seront contabilisés dans les surfaces d’espaces verts de la ville. Bravo !

La culture de la mort

17 mars 2007

Un grand classique de la pub, détourner l’attention en proposant l’exact opposé de ce que l’on fait.

metropubn3.jpg

Un magnifique paysage comme il n’en existe pas dans la réalité, une petite touche d’enfance à travers la femme qui vient de récupérer vos culottes courtes qui séchaient sur la corde à linge, une image reposante, calme, douce…

Et puis on lit la signature (EDF) et soudain l’image se transforme. Le calme se fait inquiétant, la tranquillité se fait menace. Là, sous l’herbe, repose des déchets nucléaires qui irradient doucement sans faire de bruit. La mort approche, l’atmosphère se fait pesante, le calme avant l’orage, la vie va bientôt basculer, votre mère va perdre ses cheveux puis mourir comme le petit frère atteint d’une leucémie.

Cette image est un vague souvenir d’enfance, d’avant la catastrophe, du temps où vous ne saviez pas encore, au temps de l’insouciance… L’insouciance qui est l’état dans lequel la pub rêve de vous maintenir afin qui vous acceptiez le système en vous faisant croire que c’est vous qui l’avez choisi.

metropubn2.jpg

La dernière action antipub a ainsi rectifiée le message de cette affiche. Surtout par rapport à l’actualité

Et puis une dernière chose : “un monde sans CO2″ ? Et on fait comment pour respirer ensuite ? L’inculture de la pub est ici manifeste, passant de l’amalgame au mensonge, de le poudre aux yeux à la misère humaine. Comme le nucléaire, la pub est sans douleur mais les deux mène à la mort.

Le sport, c’est la guerre

19 février 2007

Parce que l’argent, c’est la vie, il lui faut un coach. Parce que le capital est en guerre contre le travail, il faut une métaphore sportive pour illustrer ce combat.

deloctout.jpg

Le coach : Vas-y ! Fonce dans le tas, écrase tout, pas de sentiment, les affaires c’est pas personnel ! On est là pour faire du fric ! Délocalise, c’est bon pour la bourse ! Assurance, assurance, assurance viiiiiiiiie ! Vous avez droit au crédit ! Supprime les allocs des chomeurs, tous des larves ! L’endettement, c’est l’avenir ! Nique les syndicats, on est en guerre économique ! Les huissiers avec nous et Sarko aussi ! L’argent, c’est le bonheur ! La croissance infinie est belle ! Bé-né-fice, bé-né-fice, bé-né-fice-fice-fice !

La banque : Monsieur le coach ?

Le coach : (encore tout exité, ayant du mal à reprendre son souffle) Oui ?!

La banque : Vous êtes viré !

Le coach :

La banque : Vous faites un excélent travail. Les courts ont plus que doublés ! Mais on souhaiterait garder les bénéfices pour nous. D’ailleurs, l’annonce de votre licenciement vient de faire gagner un demi-point à l’action.

Partager notre vide intérieur

9 février 2007

Paul et Virginie, Roméo et Juliette avaient un amour à partager, une passion, une folie pas le vide de leur vie solitaire pour alimenter les comptes d’une multinationale à coup de prothèse numériques.

_pew7749.jpg

Selon la pub, il faudrait toujours être un héros de quelque chose (de la route, du travail, des loisirs, de sa propre vie…) sinon, nous ne sommes que des minables. Toujours en représentation, en spectacle. L’événementiel remplace l’existantiel on ne vit plus pour soi mais pour le flux canalisé, normalisé par les prothèses numériques modernes (camescope, appareil photo numérique, ordinateur portable, téléphone sans fil…).

La pub est là pour nous aider à rêver, à nous surpasser, à alimenter nos cerveaux d’ambitions marchandes.

Elle détruit nos désirs pour les remplacer par des pulsions d’achat qui nous dépriment et nous rendent minables, cercle vicieu qui nous pousse à consommer pour oublier que nous consommons…

Loin de nous aider à nous élever, elle nous fixe des objectifs inatteignables car ils n’ont jamais été les nôtres, de plus, pour tendre vers eux, il faut abandonner les valeurs humanistes pour celles du libéralisme (compétition, destruction, prédation, captation…) et finir à l’image des machines que nous entassons autour de nous, vide et finalement sans amour.

Révolte bien ordinaire

16 décembre 2006

Voilà comment un publicitaire conçoit une vie “hors norme” voir “rebelle”. Ses exemples concernent la vie privée (heure de lévé, culotte, cuisine…), c’est là que doivent pouvoir s’exercer tous vos talents, toute votre personnalité.

vivoide.jpg

Remarquez, ça n’a rien de bien méchant. Ce serait même un brin condéscendant de la part du publicitaire : vous vous croyez rebelle, vous n’êtes que décallé et de toute manière vos attitudes ne remmetent en rien en question le système politique.Ces signes sont mêmes assez conventionnels, il faut juste être un peu cons comme vos parents pour y trouver à redire.

La preuve ? Et bien vous êtes capable d’acheter une voiture neuve, vous gagnez donc correctement votre vie.

Vous choisissez un symbole d’individualisme et d’égoïsme marchand qui ne vous distingue en rien des autres. Vous allez polluer comme les autres, vous tenterez de griller les feux comme les autres, vous ralerez contre les transports en commun comme les autres et vous passerez des heures dans les embouteillages comme les autres.

Vos parents sont restés bloqués au siècle précédent où l’individu était porteur de valeurs par son comportement. Aujourd’hui, les valeurs s’achètent, qu’importe votre comportement pourvu qu’il soit le fruit de la consommation, la vraie et unique valeur de notre société. Toutes les anciennes valeurs ont fusionnées en une.

Vos parents ont encore des préjugés sur les noirs, les juifs, les chinois… vous non. Vous savez qu’à partir du moment où la personne humaine a de l’argent qu’importe comme elle le dépense, ce qui compte c’est qu’elle le dépense. La diversité des cultures et des croyances sont alors mises au service de nouvelles manières de consommer. Le communautarisme mène à la marchandisation. Ainsi tout le monde à droit au Cola mais chacun le sien (Méca Cola, Coca Cola, Pepsi Cola, Breitz Cola, Chti Cola…). L’étiquette change et le goût reste le même… celui de l’argent.

Chips = Junk Food

26 septembre 2006

bhf_food4thought.png

La British Heart Foundation lance une nouvelle campagne contre l’obésité avec une affiche contre les chips. En effet, en mangeant un paquet de chips par jour, c’est comme si on buvait 5 litres d’huile par an.

Bien entendu le lobby de l’agro-alimentation du pays a protesté…

British Heart Foundation

Une image d’Epinal moderne

16 mai 2005

Ou comment apprendre à transformer les rapports humains en rapports marchands.

calparf.jpg

Les images d’Epinal trouvent leurs origines dans l’imagerie, art populaire né au XV° siècle principalement destiné au public illettré des campagnes. L’expression “image d’Épinal” désigne une vision emphatique, traditionnelle et naïve, qui ne montre que le bon côté des choses.

La gratuité n’est pas une bonne chose, cela interfère avec les lois du marché et perturbe la main invisible. Il faut apprendre très tôt à privatiser l’intimité.

Fini les cadeaux d’enfants (dessins, pétales de fleurs trouvés par terre, cailloux…), il faut des cadeaux achetés :

- des cadeaux normés, c’est à dire, qui coorespondent à ce qu’est une mère pour un publicitaire : une mère est une femme tendre qui négocie son affection en se faisant offrir des cadeaux par son mari et ses enfants. En contrepartie, elle doit être séduisante et valorisante. Il lui faut des trucs qui lui sont indissociablement attachés comme du parfum, de la lingerie, du maquillage… Dans d’autres situations ce sera un robot ménager, une poudre à laver…

- des cadeaux achetés. La vraie valeur de l’amour se mesure par le prix que l’on investi dans l’objet que l’on offre.

L’enfant apprend les lois de l’offre et de la demande en proposant un acte de tendresse contre un parfum : “[en] échange[ant un] câlin contre [un] parfum !”

La mère n’aime plus l’enfant pour lui-même mais pour le renforcement de son égo de femme-objet. L’une apprend à payer pour avoir la tendresse dont elle a besoin, l’autre apprend à être payé pour donner une marque d’amour.

La mère et l’enfant nous regardent. Ils ne partagent pas un moment de tendresse ensemble dans l’intimité mais nous invitent à suivre leur exemple en pratiquant le même acte social qu’eux : prendre prétexte de la fête des mères pour aller consommer sur le chemin du bonheur conforme.